Histoire des Cahiers

A l'origine

La collection a été fondée en 1926. Etudiant en droit, Marcel Regamey a vingt et un ans et, sous le nom d'Ordre et Tradition, publie le premier des «Entretiens politiques, philosophiques et littéraires»: L'Ordre dans l'Etat. Contre les doctrinaires de la démocratie, il défend le principe dynastique et la cooptation, insistant déjà sur l'autorité morale et la légitimité des gouvernants (voir André Manuel dans Le chemin de Marcel Regamey, pp. 47 ss.).

Avec le numéro 14, en 1935, apparaît le nom utilisé dès lors: Cahiers de la Renaissance vaudoise, avec l'écusson à la lance. Il s'agit, jusqu'en 1953, d'une revue dont chaque fascicule contient plusieurs articles et comptes rendus. Dans cette série sont publiées les études de base de Marcel Regamey et Richard Paquier sur l'histoire du Pays de Vaud. L'éditorial du numéro 14, dû à Marc Chapuis, mérite d'être cité: «Notre vœu le plus cher est qu'ils (les Cahiers) deviennent un centre de vie vaudoise où se rencontrent non seulement les adhérents d'une même et impérative doctrine, mais tous ceux qui éprouvent cet amour intelligent de la Patrie vaudoise, que nous plaçons au centre de notre effort. (…) Nous abhorrons l'esprit de clocher et la "vaudoiserie", caricature détestable du génie d'un peuple. (…) Quant à la possibilité d'une culture suisse, d'une civilisation suisse, nous n'y croyons pas; ce sont là des mythes créés par des hommes qui prenaient leurs folles pensées pour des réalités; il faut plaindre ceux qui aujourd'hui les propagent. L'œuvre des Cahiers vaudois, celle de M. Ramuz ont redonné à notre pays le sentiment qu'il existait véritablement. Etre Vaudois, c'est participer à la civilisation latine, avec ses moyens vaudois, avec son tempérament vaudois. (…) Quand nous disons "latin", nous pensons au besoin d'ordre, au goût d'harmonie, au sens de la mesure, à cet amour du fini qui caractérise la culture méditerranéenne. On comprendra que nous nous opposions à toutes les tendances qui font primer la raison par les passions de l'homme, à toute exaltation de l'Absolu, à toute irruption mal dirigée du "sentiment" dans l'œuvre poétique. (…) Le sens du politique d'abord n'est pas qu'il faille tout asservir à une idéologie, mentir et frauder pour sauver la Patrie, mais, qu'en certaines occasions, il faut avant tout rétablir l'intégrité du pays, ce qui ensuite permettra de se livrer à des ouvrages désintéressés.»

Durant cette période, la revue est administrée par Victor de Gautard, à Saint-Légier. En avril 1953, pour le 150e anniversaire du Canton, paraît un important fascicule (le numéro 34-35). Sous le titre Contribution à l'étude des libertés vaudoises, Olivier Dessemontet et François Gilliard publient le procès-verbal de la remise du Pays de Vaud au Prince de Piémont en 1456. Ce document est suivi de trois études sur les principes politiques de la Ligue vaudoise, ses buts, son organisation - textes fondamentaux.


Une période plus littéraire

Puis, durant sept ans, aucun titre ne paraît. En 1960, Le Mythe du Golfe de Marcel Regamey inaugure le «règne» de Bertil Galland. La collection cesse alors d'être une revue: elle aura un seul titre par numéro. Pour ce 36e Cahier, on découvre comme responsable de la présentation graphique Etienne Delessert (auquel succédera Laurent Pizzotti), comme illustrateur Jean Otth, comme imprimeur Samuel Bornand, d'Aubonne: un style nouveau surgit, qui sera celui de Galland. Jusqu'en 1971, celui-ci publiera 48 Cahiers, presque exclusivement littéraires. Mentionnons les poèmes de Chappaz, son Portrait des Valaisans (1964) et son Match Valais-Judée (1969), les Poésies complètes de P.-L. Matthey (1968). Il accueille Jean Cuttat et Lorenzo Pestelli, découvre Anne-Lise Grobéty, fonde la revue Ecriture, dont les sept premières livraisons paraîtront aux Cahiers.

La liste à peu près complète figure, avec les autres livres publiés par Galland, dans Ecriture n° 38 (automne 1991). Ce panorama éditorial montre bien comment, aux Cahiers, ont été accueillis et soigneusement édités des poètes, des romanciers, des voyageurs de Suisse romande et d'ailleurs, à l'époque où ni L'Age d'Homme ni L'Aire n'existaient. On peut parler d'une renaissance de la littérature romande dès cette décennie. Si le Portrait des Vaudois de Jacques Chessex avait suscité l'enthousiasme en 1969, son Carrabas provoqua, en 1971, la rupture entre Bertil Galland et Marcel Regamey. Le scandale que fit l'ouvrage n'était pas seul en cause; la politique éditoriale (coéditions avec Grasset), la visée trop exclusivement littéraire, le nombre et le tirage des livres ne correspondaient plus aux buts initiaux, ni à la gestion financière simplifiée de la collection. Bertil Galland se mit à son compte et, dès 1972, continua sous son nom ses éditions durant une douzaine d'années.

Dès cette date, les Cahiers sont dirigés par Olivier Delacrétaz: Beethoven sans légende de Romain Goldron (n° 84) et Evangile et politique de Marcel Regamey (n° 85) sont publiés, suivis de petits fascicules sur les problèmes politiques du moment. Durant ces trente dernières années, une soixantaine de volumes ont paru, parmi lesquels on doit mentionner particulièrement la réédition du Canton de Vaud de Juste Olivier (1978), les Mélanges Marcel Regamey (à l'occasion de ses 75 ans, en 1980) et ses derniers ouvrages, dont le n° 100, Par quatre chemins, à côté des livres de Romain Goldron: Artistes et autres menteurs (1976) et Une drôle de fille (1978). En 1984 était créée la série des Contrepoisons, qui renouait avec l'idée d'une revue.


Une nouvelle étape

En 1985, Yves Gerhard reprenait la direction de la collection, à laquelle il collaborait activement depuis 1978. Un effort particulier s'est porté sur les ouvrages consacrés au fondateur de Mouvement de la Renaissance vaudoise: Le chemin de Marcel Regamey, Sa vie, ses écrits, son action et La plume de Marcel Regamey, Choix d'articles (1989). Ils éclairent cette personnalité, mais aussi l'histoire de la Ligue vaudoise et sa doctrine politique et philosophique.

On peut aussi mentionner la polémique contre le français renouvelé, illustrée brillamment par Les linguistes sont-ils un groupe permutable? de Jean-Blaise Rochat (1988) et les ouvrages collectifs sur le rôle de la Suisse dans le monde: La Suisse et l'ONU (1985), EEE la nébuleuse (1992) et Soldats dans le bleu (1996). Parmi les autres titres: L'Universel enraciné, Remarques sur le racisme et l'antiracisme d'Olivier Delacrétaz (1993), La lutte contre la drogue dans les cantons romands de Georges Perrin (1993) et Vinet, Regards actuels par une brochette de personnalités (1997).

En 2000 paraissent en trois volumes les Œuvres de Paul Budry, écrivain, critique d'art et animateur (1883-1949), qui a considérablement enrichi le patrimoine vaudois. Cette édition a été suivie d'un essai biographique dû à Yves Gerhard, Paul Budry, L'homme-orchestre (2008). Pour critiquer et compléter le Rapport Bergier, les Cahiers ont édité, sous la direction de Jean-Philippe Chenaux, l'important recueil Les Conditions de la survie, la Suisse, la Deuxième Guerre mondiale et la crise des années 90 (2002). En 2003, ils procuraient la seule édition disponible de L'Acte de Médiation de 1803. Le président de la Ligue vaudoise, Olivier Delacrétaz, a publié un important essai de philosophie politique, Le Goût du bien commun (2005), qui présente les idées de notre Mouvement sur les conditions d'une bonne politique hors des idéologies partisanes.

Depuis 2010, les Cahiers sont dirigés par Benoît Meister; il prépare le n° 150, qui contiendra les articles théologiques de Marcel Regamey. D'autres ouvrages sont prévus.

Dès sa fondation, la collection est animée et gérée par des personnes bénévoles, et soutenue par un cercle de souscripteurs réguliers.

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19.02.2017 - 17:40