Altruisme annuel
Le 30 mai dernier a eu lieu la Journée de la bonne action. La prochaine aura lieu le 22 mai 2027 – notez cela si vous avez votre agenda sous la main.
Bon, une seule journée dans l’année consacrée à faire quelque chose de bien, ce n’est pas beaucoup. Ça laisse trois cent soixante-quatre jours pour les vacheries. D’autant que ça s’appelle la Journée de «la» bonne action, donc pas question d’en faire plusieurs en vingt-quatre heures1. A chaque jour suffit sa peine annuelle. Et pour éviter tout excès de zèle, à la fin de la journée, les médias titrent en gros: «La Journée de la bonne action, c’est fini!»
Mais qu’est-ce qu’une bonne action? Internet nous explique qu’il s’agit par exemple de s’engager pour l’environnement, ou pour l’inclusion. On peut aussi faire un don à une association caritative, ou donner son sang (et pas celui des autres, même si, dans certains cas, la question pourrait légitimement se poser). Il semble y avoir une certaine marge d’appréciation permettant à n’importe quel chenapan de terminer la journée honorablement… Mais qu’en est-il des actions de solidarité et d’entraide qui se déroulent les autres jours de l’année? Par exemple, si vous consacrez votre dimanche soir, en plein mois de juin, à rédiger une chronique pour La Nation, est-ce une B.A.2?
Si l’évocation d’une Journée de la bonne action peut offrir, a priori, l’occasion de quelques sarcasmes, il faut aussi voir le bon côté des choses: il ne s’agit pas d’une «journée mondiale» émanant d’une obscure officine de l’ONU, mais d’un événement lancé en Suisse par une grande chaîne de supermarchés. Une bonne action commerciale, donc, aux motivations rationnelles et traditionnelles. C’est rassurant.
1 Internet nous apprend qu’il existe aussi une Journée «des» bonnes actions, qui a lieu en Israël pour «rassembler les gens du monde entier autour de bonnes actions pour autrui et pour la planète». C’est bon à savoir.
2 Internet nous apprend aussi que l’abréviation B.A. vient du scoutisme – qui avait davantage d’ambition que le commerce de détail actuel puisqu’il prévoyait une bonne action par jour. L’expression est d’abord apparue en anglais, good turn, hélas sans l’abréviation qui aurait fourni une jolie référence automobile.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- L'arme du soldat libéré – Editorial, Félicien Monnier
- La participation des cantons aux relations entre la Suisse et l'Europe – Lionel Hort
- La Nation! - Appel aux dons et rappel d'abonnement – Rédaction
- Arthur Honegger, compositeur suisse à redécouvrir – Frédéric Monnier
- «Sa femme disait: “Oh il est sûrement au stand!”» – Quentin Monnerat
- Les Cahiers de la Renaissance vaudoise ont cent ans (6) – Yves Gerhard
- Ecole vaudoise: sélective, intégrative, puis inclusive, et après? – David Verdan
- Antitout – Jean-François Cavin
- D'une unité nationale à l'autre – Olivier Delacrétaz
- Représailles – Olivier Klunge
- Néologisme – Jean-François Cavin
