12%
La gauche s’en prend à l’initiative pour une baisse de 12% d’impôts par un premier argument égalitaire, avec un slogan dénonçant un «cadeau aux plus riches». En raison de l’action linéaire de l’initiative, les plus gros revenus seraient les premiers bénéficiaires de cette déduction invariable de 12%. Cela est vrai. Les opposants omettent de préciser que dans le Canton, ceux qui perçoivent les revenus les plus élevés sont aussi les contribuables qui paient le plus. La gauche donne ainsi, un peu naïvement, l’impression de découvrir la progressivité de l’impôt. Mais même avec l’initiative, les Vaudois les plus fortunés continueront d’être les plus taxés.
Le second axe d’attaque est étatiste. En cas de «oui», les frais de crèches, d’accueil parascolaire ou de transports publics augmenteraient nécessairement, alors que les salaires de la fonction publique stagneraient et les investissements se trouveraient freinés. Suivent des accusations litaniques sur la volonté de la droite de «démanteler» le service public, et de creuser le déficit des finances cantonales.
La démagogie atteint des sommets avec la position du syndicat de la Police de sûreté, reprise dans le papillon des opposants, selon laquelle l’initiative menacerait la possibilité pour les forces de l’ordre «d’apporter des réponses aux victimes». Ces allégations sont doublement fausses. D’abord parce qu’on ne sait même pas si de très éventuelles coupes concerneront la police. Ensuite parce que le rôle de la justice pénale est de sanctionner les coupables, pas de soigner les victimes.
Dans tous les cas, vu les montants en jeu, ce catastrophisme est outrancier, sinon ridicule. En cas d’acceptation, l’initiative provoquera une baisse du budget de l’Etat de 272 millions sur un total de presque 13 milliards. Cela est faible, sinon anecdotique. Il n’y aura aucun démantèlement de l’Etat à l’ordre du jour des prochaines séances du gouvernement. Les difficultés financières de l’Etat de Vaud ne résident pas dans ses recettes, qui, entre 2024 et 2025, ont augmenté de 727 millions, ni dans ses réserves de 3,2 milliards, fruits d’une bonne décennie d’excédents.
Ces difficultés trouvent leur origine dans la perte de contrôle de l’Etat sur ses dépenses: en 2025, il a subi un dépassement de budget de 475 millions! Ce dépassement découle de l’augmentation des dépenses sociales (+413 millions) et de santé (+45 millions). Est notamment en cause le mécanisme automatique et proactivement promu de subsides aux primes d’assurance-maladie. Comme l’affirmaient ces colonnes en avril après la publication des comptes, le risque est élevé que les dépenses sociales consomment le capital en trois à quatre années. Le tout sur fond d’irresponsabilité générale des politiques.
En quinze ans de comptes excédentaires, le gouvernement et le Parlement ont eu le temps de s’habituer au confort. En régime démocratique, l’Etat – que seul approvisionne l’impôt – est le moyen quasi universel de l’agitation électorale. Des médias rachitiques poussent des parlementaires en concurrence permanente à la surenchère. Les réseaux sociaux, dopés à l’immédiateté, obligent à multiplier les interventions pour gagner en visibilité. La conséquence en est un alourdissement des tâches confiées à l’administration, pour répondre aux interpellations d’abord, ensuite pour mettre en œuvre les «politiques publiques» et autres «projets» votés en plénum.
Le Conseil d’Etat n’est pas en reste. La multiplication des lois cadres (mobilité, climat) est le siège d’autant de nouvelles compétences bureaucratiques. Les divisions que notre gouvernement étale au grand jour depuis le début de la législature rendent presque impossible la formation d’une volonté gouvernementale à long terme, et donc la discipline budgétaire.
Il a néanmoins réussi à présenter comme une sorte de contre-projet les 7% de baisse d’impôts mis en œuvre par diverses mesures telles qu’une réduction des impôts sur les successions et le revenu et l’augmentation de certaines possibilités de déduction. Trop timides, ces mesures ne s’en prennent pas à l’impôt sur la fortune. Ce dernier contribue pourtant à empêcher la classe moyenne d’épargner efficacement, puis d’accéder à la propriété.
Or l’un des buts de l’initiative est bien de protéger cette catégorie de la population qui travaille et escompte bien s’en sortir par elle-même, c’est-à-dire sans subsides, mais dont la progressivité de l’impôt et son rasoir égalitaire empêchent de faire fructifier le labeur.
Plus généralement, l’initiative fixe le cap de la rigueur budgétaire par l’abandon du réflexe étatiste. Nous voterons OUI à l’initiative «baisse d’impôts pour tous».
Où sont les socialistes non bernois?
Le papillon des opposants à l’initiative donne la parole à Pierre-Yves Maillard, conseiller aux Etats socialiste et idole de la RTS. Dans la plupart des débats publics et dans 24 heures, le héraut socialiste est le charismatique Benoît Gaillard, conseiller national et vice-président du parti.
On s’étonne de la discrétion des caciques socialistes actifs au niveau cantonal.
Roger Nordmann n’ose-t-il donc pas défendre les dépenses exponentielles de son tout nouveau département? Quant aux futurs candidats au Conseil d’Etat, on ne voit guère ni Mme Jaccoud ni M. Bendahan. La présidente du parti, la députée Oriane Sarrasin, est aux abonnés absents. Son poste d’enseignante à l’Université la rend, il est vrai, juge et partie dans cette affaire de deniers publics.
Le parti à la rose aurait-il peur de perdre face aux milieux économiques, au point de devoir lancer dans la bataille ses étoiles fédérales? C’est notre seule explication.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Quelle majorité pour changer la Constitution? – Benjamin Ansermet
- Simple question – J.-F. C.
- Paquet d'accords: Zoug pour la double majorité – Félicien Monnier
- Maurice Troillet et autres géants – Jean-François Cavin
- Les Cahiers de la Renaissance vaudoise ont cent ans (9) – Yves Gerhard
- Finances vaudoises: autres temps, autres mœurs – Antoine Rochat
- Comparaisons tordues – Olivier Delacrétaz
- Une neutralité mieux définie – Maël Rochat
- Une obligation de servir tournée vers la protection de la population – Quentin Monnerat
- Qu'est-ce que la vérité? – Jacques Perrin
- L'UE, fantasque comme Trump? – Rédaction
- Coup de projecteur dans les ténèbres de la politique fédérale – Le Coin du Ronchon
