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Complaisance pour l'extrême-gauche

Félicien MonnierEditorial
La Nation n° 2302 3 avril 2026

24 heures a dépeint le «Carnaval antifasciste et deter» (déterminé, ndlr) de samedi dernier, en réalité une manifestation d’extrême-gauche, comme s’étant «déroulé dans une ambiance plutôt festive et familiale, avec des slogans anticapitalistes et antinationalistes». Blick a renchéri en dépeignant un «cortège festif et déguisé». Tous deux y ont vanté la présence de parents avec des poussettes, sans relever que les enfants servaient en fait de boucliers humains contre les éventuels gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc. Seul à émettre une nuance à coup de guillemets, Watson a ironiquement titré: «Lausanne riposte à la “montée du fascisme” avec des paillettes.»

Les manifestants ont commencé par emprunter un autre itinéraire que celui que la Ville avait autorisé. Il était aussi plus long du double. 24 heures y a vu de la nargue à l’égard de la police.

Cela va plus loin. Le but de l’opération était d’abord, pour les manifestants, de prouver leur irrespect de principe des décisions de la Municipalité. Il était ensuite de provoquer la police, dans un rapport de force que l’extrême-gauche ne cesse de susciter. L’heure du départ du cortège était fixée à 13h12. Certains arboraient ces chiffres sur leurs vêtements. Ils correspondent à la place dans l’alphabet des lettres composant l’anagramme ACAB: all cops are bastards, tous les flics sont des bâtards.

Les manifestants percevront l’absence de réaction de la police, soucieuse d’éviter des «débordements» – entendons des violences –, comme une victoire. Brandir, même implicitement, la menace de violences revient déjà à y recourir. Les militaires appellent cela l’art de la manœuvre. En obligeant la police lausannoise à redéployer son dispositif en urgence, les manifestants ont affaibli sa capacité à mener ses autres missions à bien. Porter atteinte à la crédibilité des institutions est un but classique de ces mouvements, dont le niveau d’organisation et le sens du secret est toujours saisissant.

Le cortège a laissé tags et graffitis dans son sillage. Ils n’auraient concerné que les agences BCV et UBS de Saint-François, et le restaurant Le Vaudois, à la Riponne. La presse a omis de préciser que les inscriptions sur les vitres du restaurant indiquaient injurieusement «Fuck racists», en référence à la mort d’un ressortissant érythréen l’an dernier dans une altercation elle-même symptomatique du délitement sécuritaire du centre-ville.

Symboliquement, le plus grave est l’apposition de tags antifascistes sur les murs de la Basilique du Valentin. Y gribouiller «pas de quartiers pour les fachos», dans une polysémie que l’extrême-gauche cultive avec une morgue faussement humoristique, revient à associer les paroissiens à des fascistes.

Les victimes de ces insultes sont en droit d’attendre que la justice sévisse avec autant de rigueur qu’elle le fit récemment dans l’affaire des Brandons de Payerne, autre affaire de graffitis, mais dans le cadre d’un vrai carnaval.

Pendant plusieurs jours avant l’événement, la presse a fait monter la sauce à propos d’appels à contrer la manifestation en provenance de groupuscules identitaires. Ces appels tentaient d’importer dans nos rues, en reprenant les codes globalisés des réseaux sociaux, la fragmentation et la violence politique qui sévissent sous d’autres latitudes, notamment en France.

Ce délétère romantisme du coup de poing a aussi permis aux médias de suggérer, par l’intensité de leur couverture du sujet, que la violence d’extrême-droite était plus répandue que la violence d’extrême-gauche. Cela autorisa la presse à témoigner de sa complaisance à l’égard du milieu trop gentiment dit «alternatif». C’était mettre du même coup de l’huile sur le feu.

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