L'Oratorio de Pâques à Lausanne
La Nation avait annoncé les six concerts de l’Oratorio de Pâques à Lausanne, œuvre du poète Alain Rochat et du compositeur et musicien Jérôme Berney1. Nous avons eu le privilège d’assister aux six représentations de cette création magnifique, réalisée grâce au Chœur de la Cité de Lausanne, à un ensemble instrumental original, à différents solistes et à la direction du chef Renaud Bouvier.
Le texte
Le texte d’Alain Rochat est à la fois théologique et poétique. Le canevas de base est tiré des récits bibliques, commençant par le dimanche des Rameaux (Palmes), marquant le début de la Semaine sainte (Mémoire le jeudi, Croix le vendredi, Ténèbres le samedi), culminant à Pâques (Equinoxe) et se poursuivant le dimanche après Pâques (Chemins).
Chacune des six parties est agrémentée de nombreuses citations bibliques: la foule qui acclame le Christ, les disciples qui détachent un ânon, ou même Zachée, aux Rameaux; le pain et le vin de la Cène, le jeudi; la croix, les deux larrons, Marie et le disciple que Jésus aimait, le vendredi; les ténèbres sur toute la terre, le samedi; le tombeau vide, Marie de Magdala, ou la Samaritaine, le jour de Pâques; les disciples d’Emmaüs, les cent cinquante-trois poissons pêchés lors d’une apparition du Christ ressuscité, ou les petits enfants auprès de Jésus, le dimanche suivant.
Les références à Jean-Sébastien Bach sont évidentes. Outre le parallélisme des six parties, le texte de l’Oratorio de Pâques commence et se termine par le chant joyeux «Jubilez! Exultez!» 2. L’expression «Voyez ce que l’amour fait» revient plusieurs fois au fil des textes3. Enfin, le livret se termine par les mots Soli Deo Gloria, à Dieu seul la gloire, comme les partitions du cantor de Leipzig.
Le texte de l’Oratorio est également truffé de citations ou de références poétiques, tirées de plusieurs poètes anciens ou modernes: Rimbaud, La Fontaine, Apollinaire, Baudelaire, mais aussi François Rossel, Jean-Pierre Schlunegger, Jean-Georges Lossier, ou Alain Rochat lui-même. A titre d’exemple, on retrouve au début et à la fin de l’œuvre ce beau vers de Guy Lévis Mano:
Visages visages
plus miraculeux
que terre fertile4.
Enfin, le texte fait référence à des expériences intimes ou à des souvenirs personnels du poète: un âne nommé Pipo, à La Sage, en Valais; la belle table des repas chez ses grands-parents maternels; un meuble venu d’un ami, au centre du bureau des éditions Empreintes; un enfant blessé au Mozambique, décédé dans un avion de la Croix-Rouge; les fleurs et les oiseaux du printemps; le Léman entre Venoge et Chamberonne, en écho au lac de Tibériade.
Bref, l’Oratorio de Pâques nous offre un texte magnifique, à la fois spirituel et poétique, qui évoque le mystère de la crucifixion et de la résurrection du Christ, et qui donne écho aux textes bibliques dans chacune de nos vies.
La musique
La musique de Jérôme Berney, l’un des compositeurs de la Fête des vignerons de 2019 à Vevey, est écrite dans un esprit résolument jazz, laissant une large place à l’improvisation des musiciens, mais elle est aussi mâtinée de couleurs orientales.
Dans une formation originale, l’orchestre qui a soutenu l’ensemble de l’œuvre est formée de solistes remarquables: le compositeur à la batterie et parfois au xylophone basse; Baiju Bhatt, au violon; Rob Luft, à la guitare; Ganesh Geymeier, au saxophone; Fabien Sevilla, à la contrebasse; Benjamin Righetti, à l’orgue, dans la première et la dernière partie.
La chanteuse Elina Duni a illuminé tout l’Oratorio de sa voix magnifique, de son expressivité et de sa diction à la fois précise et claire. Deux chanteurs sont intervenus à Vendredi-Saint: Dominique Tille, ténor, et Stephan Imboden, basse. Le samedi, Jonathan Dumani, alias Abstral Compost à la scène, rappeur neuchâtelois, a scandé une partie déconstruite du texte. Enfin, trois jeunes solistes5 de l’Ecole de musique de Lausanne ont agrémenté le dernier concert.
Quant au Chœur de la Cité de Lausanne, il a chanté avec ferveur lors des concerts des trois dimanches (Palmes, Equinoxe et Chemins). La musique est tout à fait accessible, et il nous est arrivé de fredonner certains airs en sortant des concerts.
* * *
L’Oratorio de Pâques nous apparaît comme une grande réussite, enraciné dans la tradition, mais en même temps tout à fait contemporain. L’église Saint-François était bien remplie à chacun des concerts, et le public a manifestement apprécié de découvrir et d’entendre ces créations.
Il reste à espérer que l’œuvre sera reprise à l’avenir par d’autres chœurs, en tout ou partie, le cas échéant avec une orchestration simplifiée, par exemple avec un accompagnement de piano ou d’orgue.
Notes:
1 La Nation No 2301 du 20 mars 2026.
2 Jauchzet, frohlocket, ouvrant l’Oratorio de Noël de Bach.
3 Cantate BWV 85, Ich bin ein guter Hirt, aria de ténor: Seht, was die Liebe tut.
4 Guy Lévis Mano, Captif de ton jour et captif de ta nuit, GLM, Paris, 1945, p 10: J’ai quitté un jour de septembre.
5 Amélie Comte Fehlman, Ruby Wang et Livia Drittenbass.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Non à un salaire minimum légal – Editorial, Pierre-Gabriel Bieri
- Proportionnalité? – Jean-François Cavin
- Les Cahiers de la Renaissance vaudoise ont cent ans (5) – Yves Gerhard
- Cultures paysannes – Frédéric Monnier
- Réflexions sur une initiative – Olivier Delacrétaz
- Moins de paperasse, plus de logements – Olivier Klunge
- Durabilité et climat vaudois – Cédric Cossy
- Avenir de la défense sol-air suisse – Jean-François Pasche
- L'autoroute symbole de liberté (d'expression) – Le Coin du Ronchon
