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Avenir de la défense sol-air suisse

Jean-François Pasche
La Nation n° 2304 1er mai 2026

Dans la foulée de la décision d’achat du F-35 pour remplacer les F/A-18 vieillissants de notre armée de l’air, le Conseil fédéral décidait l’achat du système de défense sol-air à longue portée Patriot, lui aussi américain. Ces armements étaient inclus dans les messages sur l’armée de 2022 et 2023. Rappelons que ces messages sont adressés une fois par année par le Conseil fédéral au Parlement. Ils exposent les dépenses militaires prévues pour l’année suivante et contiennent le programme d’armement. Il sont soumis à l’approbation du Parlement.

Or, dès 2023, les Etats-Unis ont commencé à fournir des systèmes Patriot aux Ukrainiens en soutien à l’effort de guerre contre la Russie. De nombreux missiles intercepteurs Patriot ont été tirés pour contrer les attaques aériennes russes. En outre, des systèmes ont été partiellement détruits ou endommagés. En conséquence, la disponibilité du Patriot pour la vente à des clients internationaux a faibli. En juillet 2025, les Etats-Unis informaient la Suisse d’un report de livraison sans donner de délai1. Depuis, le Conseil fédéral a suspendu les paiements, mais cela n’a rien changé à la situation. En février, la presse relayait l’information qu’une annulation du contrat d’acquisition était désormais envisagée.

L’opération Epic Furry des Etats-Unis et d’Israël déclenchée contre l’Iran à fin février n’arrange rien à l’affaire. En effet, l’Iran a répondu aux attaques en lançant drones et missiles d’attaque sur les pays du Golfe hébergeant des bases américaines. Ces derniers ont massivement utilisé le Patriot pour se défendre. Entre mille et mille cinq cents missiles d’interception ont été tirés pour contrer la menace iranienne dès les premiers jours de l’opération. Cela représente plus de la moitié des stocks à disposition des Etats-Unis avant son début, alors que la production annuelle de missiles intercepteurs était de six cents unités par an2. Certes, celle-ci va être augmentée, mais cela va prendre plusieurs années.

Remarquons que l’utilisation des missiles Patriot par les Ukrainiens est relativement faible, ces derniers ayant reçu environ six cents missiles Patriot de la part des Etats-Unis et de leurs alliés. Cela représente environ trois cents interceptions, deux missiles étant en général nécessaire pour faire but. Le nombre de missiles d’attaque tirés par la Russie sur l’Ukraine dépasse quant à lui les dix mille. Vraisemblablement, les Etats-Unis ont fourni à l’Ukraine une quantité limitée de missiles Patriot, afin de préserver leurs stocks. En comparaison, les pays du Golfe possèdent leurs systèmes Patriot de longue date. Ils avaient constitué un stock cumulé d’environ deux mille huit cents missiles intercepteurs3. Cela leur a permis de contrer les attaques iraniennes sans directement avoir recours aux stocks des Etats-Unis, contrairement aux Ukrainiens.

Aujourd’hui, la Suisse se trouve dans l’impossibilité de se doter effectivement d’une défense sol-air à longue portée en raison de l’utilisation intensive du système qu’elle a choisi sur les théâtres de guerre. Cela rappelle que, dans le domaine militaire, l’anticipation est de mise. Si un armement paraît inutile dans l’immédiat, c’est probablement le meilleur moment de s’en doter et de constituer des stocks suffisants, surtout pour un petit pays comme la Suisse. Lorsqu’aux yeux des journalistes et du grand public son utilité sera démontrée, il sera trop tard. L’armement en question sera tout simplement indisponible pour nous, même si nous sommes capables d’en payer le prix.

Heureusement, il existe d’autres systèmes de défense sol-air longue portée que le Patriot. Peut-être que la Suisse parviendra à s’en procurer. En outre, notre participation à l’initiative European Sky Shield (ESSI) 4 semble favoriser l’acquisition d’un système de défense sol-air à moyenne portée. Une commande de cinq exemplaires du système allemand IRIS-T a été passée en 2025. Le message sur l’armée 2026 propose d’ acquérir des exemplaires supplémentaires. En outre, les premiers F-35 vont être livrés en 2027. La Suisse devrait donc voir sa capacité à lutter contre les menaces aériennes en partie renouvelée d’ici les prochaines années.

Notes

1   https://www.bag.admin.ch/fr/newnsb/UTork_XRoVDMOoX3GRUCl

2   https://www.csis.org/analysis/last-rounds-status-key-munitions-iran-war-ceasefire

3   https://newsukraine.rbc.ua/news/war-in-iran-nearly-leaves-countries-in-persian-1774899007.html

4   https://www.vbs.admin.ch/fr/nsb?id=100650

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