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Charlotte Olivier, pionnière vaudoise dans la lutte contre la tuberculose

Carlos Gonzalez Villaverde
La Nation n° 2290 17 octobre 2025

Née en 1864 à Saint-Pétersbourg, aînée d’une fratrie de huit enfants au sein d’une famille de médecins anoblis par le tsar, Charlotte von Meyer semblait destinée à une existence confortable. Mais le destin en décida autrement. A 19 ans, la mort de son père l’oblige à mettre de côté ses ambitions médicales pour épauler sa mère et prendre soin de ses cadets. Loin d’éteindre sa vocation, cette épreuve décuple sa volonté. Elle parvient à convaincre sa mère de la laisser entreprendre des études de garde-malade en Russie, avant de s’installer en Suisse, où elle pourra enfin embrasser la carrière médicale que son pays d’origine lui refusait.

Dans le Canton de Vaud, elle s’engage dans le combat contre la tuberculose, véritable mal du siècle. Son mariage avec le Dr Eugène Olivier, lui-même atteint de la maladie, ne fait que renforcer son engagement. Ensemble, ils développent une vision novatrice: seule une approche sociale et préventive pouvait freiner la propagation du fléau.

Dès 1906, Charlotte rejoint la Ligue vaudoise contre la tuberculose aux côtés de son mari. Elle en devient l’une des figures les plus actives, multipliant conférences, visites de familles et campagnes de sensibilisation. Convaincue que l’éducation était la clé dans la lutte contre la maladie, elle promeut des mesures simples: aération des logements, hygiène, nutrition. Elle met particulièrement l’accent sur la protection des enfants et l’introduction de l’hygiène scolaire, anticipant ainsi la médecine scolaire moderne.

Si Charlotte se voulait discrète, effacée derrière sa cause, son influence n’en fut pas moins déterminante. Ernest Chuard, conseiller fédéral vaudois et futur artisan de la loi fédérale de 1928 sur la lutte contre la tuberculose, lui rendra hommage. Il dira que c’est elle qui l’avait sensibilisé à cette question, bien avant qu’elle ne devienne un enjeu fédéral. Cette loi imposera la déclaration obligatoire des cas, le suivi médical systématique, la surveillance sanitaire dans les écoles et des mesures spécifiques pour les enfants malades ou vivant dans des foyers contaminés.

La trajectoire de Charlotte Olivier force l’admiration. Issue d’un milieu social aisé, elle aurait pu rester simple spectatrice. Mais elle choisit de s’engager, au prix de sa santé, pour défendre les plus vulnérables. Sa ténacité, sa patience et sa foi ont permis de franchir des obstacles considérables, à une époque où les femmes étaient rarement reconnues dans les milieux scientifiques. Aujourd’hui encore, son œuvre reste un jalon majeur de la santé publique vaudoise.

Pour approfondir cette découverte, Charlotte Olivier, soigner et prévenir propose un récit vivant et richement illustré, dans lequel Nicolas Gex retrace le parcours exceptionnel de cette pionnière. L’attribution par les autorités lausannoises de son nom aux deux refuges situés dans le bois de Sauvabelin est amplement méritée.

Référence: Nicolas Gex, Charlotte Olivier, soigner et prévenir, Infolio, collection Presto, 2025, 64 pp.

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