Un budget pour gagner du temps
Le projet de budget cantonal 2026, présenté le 24 septembre, fait l’unanimité contre lui. Il donne l’impression d’un plan d’austérité équilibré où chacun, qu’il soit contributeur, prestataire ou bénéficiaire, doit se saigner pour équilibrer les comptes de l’Etat. Mais peut-on parler d’austérité avec une hausse des charges de l’ordre de 3,6%, supérieure aux 2,4% de hausse combinée pour la population et le PIB? Les charges auraient même augmenté de 6% sans les 305 millions de «mesures d’économies» annoncées d’un ton douloureux par le Conseil d’Etat.
Aucun des sept dicastères ne verra ses dépenses baisser en 2026. Les hausses restent modérées à l’exception de celle enregistrée au DSAS: les domaines de la santé et de la prévoyance sociale affichent 399 millions de hausse (143 pour les subsides LAMal) sur les 441 prévus au total. M. Maillard a beau s’insurger1 contre toute baisse de l’aide sociale: les charges du Canton ne seront pas maîtrisées sans remettre leur automatisme en question, en particulier celui limitant le poids des primes maladie à 10% du revenu imposable2.
Les efforts d’économie de chaque département sont surcompensés par une modification comptable majeure: le risque budgétaire (comprenez les imprévus qui pourraient impacter négativement le résultat de l’exercice) passe de 6,3 à 1,7% des charges. Ce faisant, le budget 2026 considère comme dépense plus d’un demi-milliard qui, si les risques ne se matérialisent pas, ne sera pas utilisé.
Une hausse de 3,3% est prévue pour les revenus. La progression de 184 millions sur le groupe impôts nous paraît trop maigre: malgré la réduction de 1% maintenue sur l’imposition des revenus des personnes privées, nous estimons, sur des bases statistiques historiques, que cette ligne est sous-évaluée de 200 à 250 millions.
Le petit équilibre (= hors amortissements) est atteint grâce à la dissolution de 493 millions de capitaux propres à titre de «revenus extraordinaires3». L’usage de telles réserves, introduit en 2019, était compensé jusqu’en 2023 par le préfinancement de nouveaux objets. L’Etat semble puiser depuis 2024 dans ce capital pour équilibrer ses comptes. Nous estimons que ces revenus extraordinaires réduiront de plus de 300 millions le capital au bilan. En y ajoutant un nouvel emprunt de 100 millions, l’Etat prévoit donc de flamber 400 millions de liquidités en 2026. Et afin de poursuivre cette pratique (qui serait assimilée à de la fraude fiscale dans le privé), le Conseil d’Etat propose une adaptation temporaire de la LAFin durant les exercices comptables 2025 à 2030. Cette adaptation rétroactive de la loi, bien utile pour camoufler l’éventuel déficit de l’année courante, doit être combattue.
Le Canton procède à un autre hold-up en imposant en 2026 et 2027 aux communes une «contribution de solidarité» annuelle de 39 millions. Ce détournement d’une part de l’impôt sur les gains immobiliers met de nombreuses municipalités dans l’embarras pour la préparation de leur budget.
Soumis à une «contribution de crise» exceptionnelle, les fonctionnaires sont descendus dans la rue pour dénoncer un affaiblissement insupportable du service à la population. Cette argumentation est malhonnête: la hausse de 1,7% prévue pour les effectifs de l’Etat (soit plus que celle de la population à servir) s’accompagne de 2,3% de charges de personnel en sus, d’où il résulte une hausse moyenne de 0,6% des salaires de l’Etat. Ce chiffre s’explique par le maintien des annuités d’ancienneté ou de promotion, surcompensant la non-indexation et la retenue de 0,7% pour contribution de crise sur les salaires des classes 6 et plus. Dans les faits, aucun revenu inférieur à 89'000.- ne sera réduit. Au-dessus de cette valeur, une éventuelle diminution touchera les seuls trois échelons supérieurs (sur 26) de chaque classe salariale. La minorité de salariés concernés (nous l’estimons à moins de 6% des effectifs) perdra, sauf rares exceptions, moins que le 0,7% de la contribution de crise.
Les dépenses brutes d’investissement sont budgétées à 622 millions. Les capacités démontrées de l’Etat à investir (moyenne 2021-24) étant de l’ordre de 440 millions, ce chiffre est certainement trop optimiste.
Le budget 2026 n’est de loin pas un exercice d’austérité: avec plus de 46% du total, les charges pour les secteurs santé et affaires sociales restent hors contrôle, les autres départements arrivant au mieux à stabiliser leurs dépenses. Considérant des risques budgétaires et d’investissement surévalués, couplés à des rentrées fiscales sous-évaluées, un exercice 2026 non déficitaire semble possible, sans avoir besoin de recourir ni à l’emprunt, ni aux revenus extraordinaires entamant le capital.
Plusieurs des mesures d’économie prévues sont plus irritantes pour les concernés qu’efficaces pour redresser les finances vaudoises. A défaut de baisser les dépenses de l’Etat, cette tactique pourrait hélas décourager nombre de Vaudois d’accepter, de peur de nouvelles coupes, l’initiative «Baisse d’impôts pour tous» qui moisit dans les tiroirs cantonaux.
Notes:
1 24 heures du 11 octobre 2025.
2 Voir quelques pistes dans Actualités vaudoises du 10 octobre 2025 https://www.centrepatronal.ch/wp-content/uploads/2025/10/Av-20251010n40-I.pdf
3 Définition officielle: dissolution au compte de résultat de préfinancements et autres capitaux propres enregistrés au bilan lors du bouclement des comptes des années précédentes.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Les Vaudois de l’étranger et le Conseil des Etats – Editorial, Félicien Monnier
- Non à un nouvel impôt fédéral direct – Pierre-Gabriel Bieri
- Deux absents – Jean-François Cavin
- La patience de la lumière – Yannick Escher
- Agnus Dei – Quentin Monnerat
- Charlotte Olivier, pionnière vaudoise dans la lutte contre la tuberculose – Carlos Gonzalez Villaverde
- Remarques sur le style – Olivier Delacrétaz
- L’âme parle – Jacques Perrin
- Droits politiques pour les étrangers: c’est toujours NON – Quentin Monnerat
- Merci à M. Pierre Barbey – Jean-François Cavin
- Aux grands mots les grands remèdes – Le Coin du Ronchon
