Voyage au Centre du Monde (2)
Un point sur le communisme
Avisés par un ancien touriste de la lourdeur du roman national et de l’impact que le Parti communiste chinois impose aux Occidentaux en visite, nous nous attendions au pire en débarquant.
Depuis le Covid, la donne a semble-t-il changé.
Certes, malgré la libéralisation progressive qu’a connue la Chine sous Deng Xiaoping pendant les années huitante, Mao a gardé son image de figure héroïque. Mais des Chinois reconnaissent que leur Pays n’a plus rien d’un système économique communiste; ils paraissent s’en réjouir et sont fiers de la réussite de leur Pays à l’international.
«Si Mao n’avait pas été là, nous serions japonais», nous transmettait l’un de nos guides. Le leader communiste, s’il n’est plus salué unanimement pour sa révolution culturelle, reste, malgré tout, un héros de guerre et un emblème national pour tout Chinois. Le guide ajoutait que la population chinoise a bénéficié de deux facteurs très positifs de la politique maoïste: chaque homme avait un travail et ainsi, une dignité, et l’égalité de traitement a fait disparaître la jalousie et les tentations de lutte des classes. Ces deux héritages du communisme pur et dur subsistent dans la population chinoise, à savoir la volonté ferme des habitants d’avoir un travail, quel qu’il soit, et la cohésion bien plus solide entre les gens, observable notamment par leurs interactions, plus latines que germaniques.
L’Etat fort a l’avantage de ses défauts, qu’il ne s’agit pas ici de minimiser. Eduquée à respecter les règles et stimulée par des politiques économiques cohérentes, la population mange à sa faim, est logée et une classe moyenne a émergé. Galvanisés par l’ouverture au marché mondial, mais aussi par les mesures sociales prises par le gouvernement, particulièrement depuis le début du siècle, les Chinois sont sortis du chaos d’une manière impressionnante. Xi Jinping se targuait en 2021 d’avoir éradiqué l’extrême pauvreté de son territoire. Si cette communication semble exagérée, la presse s’accorde à considérer qu’en quarante ans, huit à neuf cent millions de personnes sont sorties de la pauvreté dans l’Empire du milieu.
En revanche, il est troublant, voire choquant, d’observer des retraités balayer la rue et les parcs de bon matin dans les grandes villes afin d’obtenir de quoi vivre malgré une vie de labeur. Souvent, une personne âgée doit loger chez ses enfants, et les familles établissent des rocades pour permettre une meilleure prise en charge des aînés. Il reste qu’avec la politique de l’enfant unique, les fratries sont rares. Il est ainsi commun de voir trois générations cohabiter dans le même logement d’un gratte-ciel. Après la pauvreté, la précarité subsiste.
Le Chinois n’est pas enclin à remettre en question l’ordre établi et discuter de politique n’est pas sa passion première. Conformiste, il laisse l’Etat garantir sa vie économique et n’est pas indigné de le voir s’immiscer dans ses interactions sociales. S’agissant du mode de consommation, des vêtements de marque et des grosses voitures, s’il a repris les codes de l’individualisme occidental, sa notion du politique n’est indubitablement pas centrée sur l’individu. La gestion de la cité n’est qu’une affaire de groupe, et le Parti a déjà son monde pour ce métier-là. Un monde garant de la progression collective, pas des libertés individuelles.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- L'affaire Jacques Baud (2/2) – Editorial, Félicien Monnier
- Gustave Roud ou la lenteur comme résistance – Yannick Escher
- La démocratie malade d’elle-même – Olivier Delacrétaz
- Loi sur les communes: une autre voie – Benoît de Mestral
- Vers un too big to fail pharmaceutique? – Cédric Cossy
- IA: Accélérez ou mourez! – Jacques Perrin
- Mobilité sociale et lutte des classes – Le Coin du Ronchon
