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Vers un too big to fail pharmaceutique?

Cédric Cossy
La Nation n° 2297 23 janvier 2026

Dans une interview parue le 21 décembre dernier dans Le Matin Dimanche, Thomas Schinecker, CEO de Roche, donne quelques détails sur l’accord confidentiel passé entre neuf groupes pharma européens, dont Roche et Novartis, et le gouvernement américain pour éviter les droits de douane aux Etats-Unis. Le deal prévoit notamment une harmonisation des prix des médicaments récents dans huit pays (Allemagne, Canada, Danemark, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et Suisse), ceci afin de «réduire la part des Etats-Unis dans le financement des nouveaux médicaments». Cette harmonisation passerait par des prix proportionnels au PIB des pays clients.

La Suisse étant le seul des huit pays concernés à afficher un PIB supérieur à celui des USA, on comprend entre les lignes que M. Schinecker et son confrère de Novartis se sont engagés, afin de conserver leurs marges, à baisser les prix aux Etats-Unis et augmenter ceux-ci prioritairement en Suisse. L’accord officialise de plus l’annonce d’avril par les deux entreprises d’investir 50, respectivement 23 milliards de dollars sur trois ans aux USA. Au final, le patient suisse paiera la recherche pharmaceutique menée désormais sur territoire américain.

M. Schinecker justifie l’accord par la poursuite d’un emploi fort et de juteuses rentrées fiscales en Suisse, mais cette pérennité est moins sûre que les pertes économiques causées à long terme par le transfert d’activités clés outre-Atlantique.

En Suisse, les prix des médicaments sont certes proposés par les entreprises, mais l’OFSP reste compétent pour les fixer, en se basant sur leur efficacité thérapeutique et sur la comparaison avec les prix pratiqués dans neuf pays européens (dont l’Allemagne, le Danemark, la France et la Grande-Bretagne). Ni Novartis, ni Roche ne sont donc compétentes pour imposer des tarifs en Suisse au travers d’un accord, de surcroît confidentiel, avec un gouvernement étranger. Ceci n’empêche pas M. Schinecker de faire poliment pression sur le Conseil fédéral afin «qu’il tienne compte des conséquences sanitaires et économiques si la Suisse ne s’adapte pas au nouveau système».

Le PIB, la prospérité des entreprises indigènes ou la contribution fiscale qu’on en espère ne sont pas des critères pertinents pour fixer le prix des médicaments. Le Conseil fédéral et l’OFSP doivent résister à la pression que cet accord exerce sur leurs compétences et laisser les entreprises signataires en assumer les conséquences économiques.

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