Eloge du stress
Un cabinet de recrutement, probablement en mal de publicité (nous tairons donc son nom), a fait connaître à la fin de la belle saison le résultat d’une enquête menée auprès des salariés suisses: 53% des personnes interrogées «ressentent un stress élevé après leurs vacances d’été».
La première idée qui vient à l’esprit à l’annonce de cette révélation, c’est que les vacances sont éreintantes: le souci des bagages, la cohue à l’aéroport si l’on vole, les embouteillages si l’on roule, les retards si l’on prend la Deutsche Bahn, la fatigue des visites des sites à ne pas manquer, la pratique intensive du sport nautique ou de la randonnée, tout cela vous use. Vivement la rentrée au bureau pour se détendre enfin! Mais il faut réviser ce jugement, car le sondeur précise ensuite que c’est le retour à la besogne qui est la cause de l’anxiété.
Le peuple des travailleurs serait donc victime d’une grande souffrance, probablement systémique au vu des exigences de l’économie moderne. L’activité professionnelle serait un fardeau. Derrière la silhouette lasse du salarié inquiet, on voit se profiler l’ombre d’un patron exigeant qui ne connaît que la loi du rendement. Le capitalisme aveugle n’est pas mort. Et la connexion informatique n’arrange rien, car on se croit obligé de consulter sa boîte depuis le lieu de la villégiature. Ou alors elle déborde quand vous rentrez. Telle serait la triste condition du prolétariat d’aujourd’hui.
Une entreprise bien organisée sait que le personnel a besoin d’un vrai repos. Elle lui fiche la paix durant son absence. Elle prévoit son remplacement. Elle s’interdit de le harceler à distance, sauf urgence. Mais cette discipline n’empêche apparemment pas que le retour au travail soit source de souci. Est-ce regrettable?
C’est normal. Après un temps de liberté, il faudra se plier à certaines contraintes. Après les loisirs insouciants, il faudra assumer des responsabilités. Après la vie facile, il faudra affronter des obstacles. Cette perspective provoque naturellement une certaine nervosité, qui est salutaire. C’est la pression qui rassemble vos forces, c’est l’étincelle qui rallume votre énergie. Le stress du retour au travail, c’est comme la tension du sportif avant l’effort, qui le prépare à la performance. C’est comme le trac de l’acteur entrant en scène, du musicien avant le concert: une impulsion nécessaire et bienfaisante.
Je suis d’ailleurs stressé en rédigeant cet article: trouverai-je les justes mots? Le lecteur me suivra-t-il jusqu’à la dernière ligne? Si j’ose l’écrire, c’est grâce au stress qui donne l’élan, qui insuffle le courage.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Reconnaissance de la Palestine – Editorial, Félicien Monnier
- L’Abbatiale de Payerne restaurée – Antoine Rochat
- Loi vaudoise sur l'énergie – Olivier Klunge
- Qu’est-ce qu’un assainissement? – Olivier Klunge
- Roma Capitale – Xavier Panchaud
- Initiative inepte – Lionel Hort
- Bex – Nice: le chemin – Cédric Cossy
- Grammaire et égalité: une autre vision – Julien Le Fort
- Apparitions, disparitions, irritations – Le Coin du Ronchon
