Roma Capitale
Dans une précédente Nation1, nous avons observé qu’au Sud des Alpes la présidente du Conseil des ministres, Madame Giorgia Meloni, s’attelle à une réorganisation institutionnelle tendant à permettre une autonomie différenciée des régions italiennes.
Cet été, une autre réforme importante a été entreprise. Ainsi, le 30 juillet 2025, le gouvernement transalpin a approuvé un projet de loi constitutionnelle sur Rome. Le texte prévoit la modification de l'article 114 de la Constitution italienne, avec l'inclusion de Rome (Roma Capitale) parmi les entités constitutives de la République, aux côtés des communes, des provinces, des villes métropolitaines, des régions et de l'Etat. Les spécificités de Rome et la nécessité de rendre plus efficace le gouvernement de son vaste territoire sont ainsi reconnues.
Le projet de loi prévoit également l'attribution à Rome de fonctions législatives concurrentes et résiduelles dans différentes matières: transports publics locaux, police administrative locale, gouvernement du territoire, commerce, valorisation du patrimoine culturel et environnemental, promotion et organisation des activités culturelles, tourisme, artisanat, services et politiques sociales, logement public et organisation administrative.
Cette réforme doit être concrétisée par une loi qui sera promulguée après que le Conseil de la région du Latium et l'Assemblée électorale de Rome auront été consultés. Ainsi, l’Urbs se verra accorder des conditions spéciales d'autonomie administrative et financière et un statut différent de celui des autres communes et villes italiennes.
Des auteurs comme Christopher Lasch et Christophe Guilluy ont mis en évidence que, ces dernières décennies, les élites bourgeoises des grands centres urbains occidentaux ont fait sécession d’avec les habitants des campagnes et périphéries2. On observe ainsi que des capitales, même chez nous, semblent étrangères au pays dont elles sont le chef-lieu. Il y a ainsi à notre époque un danger sur le plan de la cohésion nationale de voir des cités devenir des «villes franches». Cela étant, ce risque apparaît limité parce que la loi formalisant les libertés urbaines romaines sera écrite par le parlement national, après consultation des autorités du Latium, et qu’ainsi Rome ne s’arrogera pas un statut particulier; il lui sera accordé.
Notre sentiment est que Madame Meloni s’emploie à modifier l’organisation de son pays de telle sorte que le pays légal soit davantage proche du pays réel. Il est en effet raisonnable de reconnaître à Rome, populeuse capitale millénaire, des compétences différentes de celles d’un petit village niché dans les Apennins ou dans le centre de la Sardaigne. Les réformes de Roma Capitale et de l’autonomie différenciée des régions semblent également tendre à ce que les lieux de décision soient plus proches des citoyens, ce qui est en principe le gage d’une bonne politique.
Notes:
1 La Nation No 2243 du 29 décembre 2023.
2 On pense en particulier à: Christopher Lasch, La Révolte des élites et la trahison de la démocratie, Flammarion / Champs, 2020.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Reconnaissance de la Palestine – Editorial, Félicien Monnier
- Eloge du stress – Jean-François Cavin
- L’Abbatiale de Payerne restaurée – Antoine Rochat
- Loi vaudoise sur l'énergie – Olivier Klunge
- Qu’est-ce qu’un assainissement? – Olivier Klunge
- Initiative inepte – Lionel Hort
- Bex – Nice: le chemin – Cédric Cossy
- Grammaire et égalité: une autre vision – Julien Le Fort
- Apparitions, disparitions, irritations – Le Coin du Ronchon
