Apparitions, disparitions, irritations
Les ordinateurs ont été conçus pour nous simplifier la vie. Ils l’ont honorablement fait pendant plusieurs décennies, leurs interfaces graphiques s’enrichissant d’options et d’informations de plus en plus nombreuses et de plus en plus détaillées.
Mais au fur et à mesure que l’intelligence raisonnable a cédé le pas à un perfectionnisme irréfléchi, technocratique et désordonné, les écrans de nos ordinateurs et de nos téléphones sont devenus des lieux d’anarchie. Prétendant mieux nous servir, leur complexité de plus en plus imprévisible finit par nous asservir… et nous pourrir la vie. Nous passons désormais notre temps à nous défendre contre des fenêtres, des pop-ups, des alertes, des informations ou des sondages (d’insatisfaction) qui surgissent de manière intempestive au milieu de nos activités.
Lorsque vous recevez un nouveau courriel, certains systèmes d’exploitation tiennent absolument à vous en avertir séance tenante, en affichant un grand carré noir… juste devant ce que vous êtes en train de lire, ou d’écrire. Vous êtes obligé d’attendre qu’il disparaisse, ou alors de solliciter activement la grâce de le voir disparaître.
Lorsque vous utilisez un traitement de texte et que vous double-cliquez sur un mot pour le remplacer, vous déclenchez l’apparition des options de mise en forme… par-dessus le mot, qui se retrouve masqué. Ou alors vous vous apprêtez à cliquer sur un bouton (absurdement minuscule) et, une microseconde avant votre clic, l’affichage change subitement, pour une raison quelconque, et vous vous retrouvez à cliquer par erreur sur le bouton d’à côté.
Votre téléphone a les mêmes manies: au moment où votre doigt va se poser sur une option, une alerte surgit et vous amène à sélectionner ou à ouvrir autre chose. Même déconvenue lorsque vous voulez terminer un appel et que votre correspondant raccroche au même moment, entraînant la disparition du bouton rouge au moment précis où votre doigt s’y pose; dans le meilleur des cas, vous déclenchez un appel à une autre personne.
L’être humain n’est pas fait pour supporter sans irritation ce qui change constamment sans son consentement.
Au sommaire de cette même édition de La Nation:
- Reconnaissance de la Palestine – Editorial, Félicien Monnier
- Eloge du stress – Jean-François Cavin
- L’Abbatiale de Payerne restaurée – Antoine Rochat
- Loi vaudoise sur l'énergie – Olivier Klunge
- Qu’est-ce qu’un assainissement? – Olivier Klunge
- Roma Capitale – Xavier Panchaud
- Initiative inepte – Lionel Hort
- Bex – Nice: le chemin – Cédric Cossy
- Grammaire et égalité: une autre vision – Julien Le Fort
