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Grammaire et égalité: une autre vision

Julien Le Fort
La Nation n° 2289 3 octobre 2025

J’ai essayé de lire récemment un ouvrage féministe qu’on m’avait offert: «Le Mythe de la virilité» d’Olivia Gazalé. Le militantisme de l’auteur (sans «e») m’a rapidement découragé de continuer. J’ai néanmoins eu le sentiment que le combat féministe d’Olivia Gazalé avait trouvé un terreau fertile dans certains malentendus culturels, notamment linguistiques.

Depuis d’assez nombreuses années, la grammaire est un champ de bataille idéologique au service de l’égalité. Comprenez: au service du féminisme. Le masculin générique n’est plus accepté. «Bonjour à tous» est reçu comme l’expression d’une exclusion. «Que chacun se sente accueilli» aboutit à l’effet inverse, car les femmes ont l’impression de compter pour beurre.

A l’école primaire, j’ai entendu souvent en grammaire que «le masculin l’emporte». Principe simple et énoncé en peu de mots, la visée pédagogique était claire. L’affirmation était limitée à la grammaire mais les mots n’étaient-ils pas malheureux? Sortis de leur contexte, ces mots ont pu alimenter un victimisme féminin.

J’aimerais proposer ici une compréhension différente de l’accord au masculin et convaincre (au besoin) les lectrices que la langue française ne considère pas le masculin comme supérieur au féminin.

Autant que je sache, dans toutes les langues latines, le masculin est le genre le plus commun. En français, il recouvre aussi le neutre. On l’appelle le genre «non-marqué». Pour former le féminin, on ajoute généralement une lettre ou on remplace une terminaison par une autre un peu plus longue. Le féminin est le genre «marqué».

Ainsi donc, le genre féminin bénéficie d’un égard particulier dans la grammaire. On devrait dire que les qualités féminines sont reconnues spécifiquement et aboutissent à une marque particulière. C’est un égard (une révérence!) du français pour le genre féminin.

Attention toutefois: lorsqu’un sujet masculin se glisse parmi les sujets féminins, le genre féminin n’est plus pur. Le loup est parmi les brebis. Dans une telle situation, le français refuse d’accorder au groupe la marque du féminin. La marque féminine n’est accordée à un groupe que si la féminité y est complète. Dans un tel cas, le groupe est doté d’une grâce particulière et le français entend en rendre compte. Le privilège de la féminité se marque généralement à l’aide d’un E. Ce privilège s’évanouit dès qu’apparaît un sujet masculin. Tout ce qui n’est pas totalement féminin est indifférent aux yeux de la langue française et ne mérite aucune marque grammaticale.

Lorsqu’on considère ainsi les règles de la grammaire française, on se rend compte de la fausseté du combat féministe sur le terrain grammatical. A bas les points médians! Vive la grammaire française!

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